AVIE
Association de défense des Victimes de l'Incinération des déchets et de leur Environnement.

La feuille de l ’ A V I E

numéro 2         14 septembre 2003

Association de défense des Victimes de l'Incinération de déchets et de leur Environnement
AVIE - Mairie - 77950 Maincy                     e-mail : avie77@laposte.net



La Commission Locale d’Information
 et de Surveillance



L’état de la pollution autour de l’ancienne usine d’incinération, et les conditions de fonctionnement de la nouvelle usine sont la raison d’être de la Commission Locale d’Information de Surveillance (CLIS). Qui fait partie d’une CLIS ? Le préfet et les responsables de services préfectoraux (Ex. : DDASS, services vétérinaires, service des établissements classés,…), des représentants d’associations de protection de l’environnement, les maires des secteurs concernés.
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La lettre du Préfet
aux habitants des communes de la zone dite sensible


À la suite de la réunion de la CLIS du 27 mai 2003, le préfet a fait diffuser dans les communes proches de l’usine d’incinération, une lettre d’informations et de conseils sur la pollution et la contamination par les usines d’incinération.


Nos commentaires et quelques éléments de réflexion sur cette lettre

Les conséquences du fonctionnement de l’ancienne usine n’ont pas fini de se faire sentir.
Ce n’est pas parce que l’ancienne usine a été détruite que la pollution de l’environnement et la contamination des personnes et des animaux ont disparu.
Les polluants comme les dioxines vont subsister encore longtemps.
D’après l’INSERM (Institut de recherche médicale), les dioxines persistent au moins 8 ans dans les sols. Le temps mis par l’organisme humain pour éliminer 50% des dioxines accumulées est en moyenne égal à 8,5 ans

« La réglementation sur les incinérateurs a mis 13 ans à être appliquée. »
Capital – Juillet 2003 – N° 142 – p 48



Extrait de la lettre du préfet                                                                                           lire le texte complet
« Quels sont les résultats des analyses effectuées sur
les sols, les végétaux les oeufs et les volailles ?


…En ce qui concerne les mesures effectuées sur les sols, on admet dans les principaux pays d'Europe une limitation des cultures lorsque leurs teneurs en dioxines/furannes dépassent 40 ng/kg. Ce seuil n'a été dépassé par aucun échantillon prélevé lors de la dernière campagne de mesures en 2003. »

Le tableau des résultats des analyses réalisées en avril 2002 et janvier 2003 (laboratoire APAVE qui a réalisé les analyses) montre que l’on dépasse ou que l’on s’approche des valeurs limites indiquées par la préfecture.
Les mesures indiquées correspondent aux prélèvements de terre réalisés entre l’ancienne usine (0 mètre) et l’entrée de Maincy, rue de Melun (1000 mètres).


Point 1- 250 m  Point 2 – 500 m  Point 3 – 1000 m
Avril 2002  32 ng/kg  21 ng/kg  48 ng/kg
Janvier 2003  34 ng/kg  38 ng/kg  28 ng/kg
ng : nanogramme  = 1 milliardième de gramme

    Les variations observées pour les points 2 et 3 sont interprétées par le laboratoire  comme probablement dues à des décalages dans les points de prélèvements. La conclusion du laboratoire de l’APAVE : «Les dioxines et les furannes sont des molécules plutôt stables dans l’environnement. Leur disparition risque de prendre plusieurs années.»

« …Toutefois, les analyses récentes (mai 2003) portant sur un oeuf de jeune poule sont tout à fait conformes aux normes, montrant une évolution satisfaisante des taux de dioxine. »   

    La référence à cette analyse est tout à fait étonnante car le résultat obtenu n’a aucune signification. En effet, la procédure d’analyse impose d’utiliser six œufs pour que les valeurs obtenues puissent être comparées entre elles.
   
Il faut noter l’absence d’informations concernant le troupeau de bovins de Vaux-le-Pénil (80 têtes). La teneur en dioxines de la viande de ces animaux était supérieure aux normes. Les animaux du troupeau ont été abattus sur injonction préfectorale.


« Quelle attitude devez-vous adopter pour préserver votre santé?
 …A l'heure actuelle, le lien entre dioxines et ces cancers n'est pas démontré. »
   


    Le principe de précaution est sérieusement malmené. D’une petite phrase le préfet balaye un important problème de santé publique.
Le préfet sait parfaitement que les dioxines sont cancérigènes. Le principe de précaution, dans le domaine de la santé publique, veut que l’on mette en œuvre des actions pour prévenir ou ralentir l’apparition de maladies dans la population. La première de ces précautions aurait été de ne pas installer un nouvel incinérateur à l’emplacement de l’ancien. Bien que plus performant, le nouveau sera quand même polluant, et continuera à contaminer une population déjà fortement imprégnée. Les organismes ne pourront se reposer et éliminer les dioxines déjà stockées.

Les études sur les conséquences de l’accident de Sévéso (une usine chimique qui a émis un nuage de dioxines sur cette ville en 1976) continuent. Presque trente ans après la catastrophe, les cancers de tous types sont en augmentation significative. Ce qui signifie que pendant plus de vingt ans, les cancers ne sont pas apparus en nombre suffisant pour qu’on puisse démontrer le lien entre dioxines et cancers. Le délai de latence est donc très long : ce n’est que trente ans après que les cancers se manifestent.

« Quoi qu'il en soit, et à titre de précaution, il est préférable de ne pas consommer certains types d'aliments, qui peuvent contenir une forte proportion de dioxines. Aussi, compte tenu des résultats d'analyses, la direction départementale des services vétérinaires déconseille la consommation des œufs et des volailles élevées en plein air dans la zone exposée sous les vents dominants et dans le périmètre rapproché de 4 km. Je précise bien qu'il ne s'agit que des oeufs et des volailles élevés en plein air et produits sur place, dans la proximité du site. »   

    Un des rôles des pouvoirs publics est de prendre des décisions pour sauvegarder la santé de la population. Plutôt que de «conseiller», il était plus efficace de prendre un arrêté d’interdiction temporaire de consommation d’aliments produits dans un périmètre défini. Mais cela aurait pu faire penser à la population que la situation était grave… La situation est effectivement grave !

«Révélation après révélation, l’incinération pourrait bien devenir un problème de santé publique majeur, qui n’est pas sans rappeler l’amiante.»
 Que Choisir - N°400- Janvier 2003




    Quoiqu’il en soit, les recommandations sont pertinentes pour ce qui concerne les dioxines et les furannes. Mais le préfet n’indique pas que les fumées des incinérateurs contiennent aussi des métaux lourds (dénomination chimique de métaux comme le cadmium, le plomb, le mercure), de l’arsenic, des acides polluants et contaminants pour l’être humain. Ces substances doivent aussi être l’objet d’études et de précautions particulières.
Même si les accidents de la vie et les cancers en particulier ne peuvent pas toujours être attribués à une seule cause ou à une seule substance, la relation entre l’incinération et certaines pathologies (cancers et malformations chez les nouveaux-nés) des riverains est bien établie.
   
   

La liste des communes concernées par les «conseils» est publiée dans une circulaire de la Direction Départementale des Services Vétérinaires du 26 mai 2003.
«la zone dite sensible c'est-à-dire exposée sous les vents dominants et dans le périmètre rapproché : communes de Vaux-Le-Pénil, Rubelles, Melun, Maincy, Sivry-Courtry, Moisenay, Saint-Germain-Laxis, Voisenon, la moitié Sud de la commune de Montereau-sur-le-Jard ».
   

« Qu'en est-il des analyses de sang ?

Tout d'abord, sachez qu'aucun pays n'a arrêté de conseils sanitaires à partir d'un taux de dioxines déterminé dans l'organisme humain. En effet, aucune relation n’a pu être établie entre un certain taux de dioxine dans le sang et l'apparition de maladies.A ce titre, la France ne dispose pas de valeur moyenne concernant la quantité de dioxines présente dans le sang. »   


    Les valeurs moyennes de dioxines contenues dans les lipides de l’organisme humain sont connues pour les différents pays d’Europe. Les teneurs en dioxines s’équilibrent entre les lipides du corps : lipides du lait maternel, lipides du sang, lipides des tissus adipeux. Le moyennes obtenues dans le lait maternel sont comparables aux moyennes observées dans le sang.

Comparaison des teneurs en dioxines et furannes de laits maternels en Europe
Document INSERM www.inserm.fr/servcom  
 
Pays Année Teneur en PCDD/PCDF
(pg TEQ/g de matières grasses)
Allemagne 1993 18,5
Danemark 1993 15,2
France 1998-99 16,5
Grande-Bretagne 1993-94 17,9
Pays-Bas 1992-93 22,4
1 pg = 1 millième de milliardième de gramme


   
L’imprégnation de la population française apparaît ici comparable à celle des autres pays d’Europe .


Vent de révolte sur Maincy
Sciences et Avenir - Août 2003 - N° 678 – p 11



« C'est pourquoi le Ministère de la Santé a décidé de lancer une étude pour essayer de déterminer ce taux moyen au sein de la population française. »   


    Faudra-t-il attendre les résultats de cette étude pour s’intéresser vraiment à l’état sanitaire des personnes vivant à proximité de l’ancien incinérateur ?
L’AVIE, grâce à des dons, a financé les analyses de dioxines dans les lipides sanguins de 9 habitants de Maincy. Le maire a payé en décembre 2002 ses propres analyses.

Les résultats sont les suivants :
à Maincy
Moyenne :
43 pg / g de lipide

Valeur minimale :
37 pg / g de lipide

Valeur maximale :    
65 pg / g de lipide   
en France
Moyenne  :   
16,5 pg / g de lipide   

   
Le préfet s’en tiendra-t-il à des démarches strictement administratives : être sûr que les habitants déjà contaminés ont bien développé des cancers pour faire réaliser un rapport par la DDAS et constater la catastrophe sanitaire ?

Le préfet aura-t-il la volonté qu’une politique de santé publique qui permette de prendre en compte la santé des habitants déjà contaminés, ainsi que la prévention des contaminations des nouveaux habitants et des enfants ?

Les Maincéens serviront-ils de cobayes pour l’étude de la pollution due aux incinérateurs ?



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